Tu allumes à 19h53 ce samedi 12 avril. Avant ça, la maison est passée en mode Pessah. Pas de pain, pas de miettes, pas de paquet de pâtes oublié au fond du placard: la cuisine est prête pour une semaine entière sans hametz. Si tu es là pour les recettes, file à la dernière section: soupe aux knaïdel d’un côté, riz et mouna de l’autre.

Ce que Pessah rappelle, et pourquoi ça structure toute la fête

Pessah commémore la sortie d’Égypte. La Haggadah insiste: chaque juif doit se considérer comme s’il était personnellement sorti d’Égypte. On ne commémore pas, on revit.

L’Exode est une sortie précipitée: les Hébreux n’ont pas eu le temps de laisser lever leur pâte. D’où la matsa, farine et eau cuites en moins de dix-huit minutes, et l’interdit du hametz, le produit des céréales qui ont eu le temps de fermenter.

La fête tombe en Nissan, le mois du printemps, lié à une ancienne offrande pascale: c’est pour ça que Pessah revient chaque année autour d’avril.

Les dates de Pessah 2025, du 12 au 20 avril

A torn-off wall calendar page for April 2025, dates 12-20 circled in red, a silver kosher cup nearby, soft morning sun

Entrée de fête le samedi 12 avril 2025, au coucher du soleil: à Paris, tu allumes les bougies avant 19h53, et le premier Séder se tient ce soir-là. Le deuxième Séder, pour les Juifs hors d’Israël, a lieu le dimanche 13 avril au soir. Les premier et deux derniers jours ont le statut de yom tov: strictement chômés, pas de feu neuf, pas de port dans le domaine public sans erouv.

Entre les deux, hol hamoed court du soir du 14 au soir du 17 avril. On peut travailler et cuisiner à partir d’une flamme existante, mais la cacherout de Pessah s’applique toujours; beaucoup de familles en profitent pour des repas moins formels et pour vider les stocks de recettes de Pessah sans gluten naturellement adaptées à la semaine.

Le septième jour commence le vendredi 18 avril au soir, le huitième le samedi 19, et Pessah sort le dimanche 20 avril au soir. En Israël, la fête dure sept jours et se termine un jour plus tôt. Dernier point calendaire: Pessah Sheni, le rattrapage du sacrifice pascal, tombe le 11 mai 2025 au soir.

Ce qu’on s’abstient de consommer: le hametz, mais pas que

Blé, orge, épeautre, avoine, seigle. Le hametz, c’est toute nourriture contenant l’un de ces cinq grains resté en contact avec de l’eau plus de dix-huit minutes sans être cuit. Dans la pratique: le pain, les pâtes, les gâteaux levés, la bière, et tout produit contenant de la farine de ces céréales qui n’a pas été surveillée pour Pessah.

L’interdit est strict: il est interdit non seulement de consommer du hametz pendant Pessah, mais aussi d’en posséder ou d’en tirer un quelconque bénéfice. C’est pour cette raison que la vente du hametz à un non-juif est organisée par la plupart des communautés juives dans les semaines qui précèdent la fête. Tu confies tes stocks à ton rabbin, qui les vend symboliquement via le beth din local pour la durée de la fête. Après Pessah, le hametz racheté redevient autorisé.

Le grand nettoyage de Pessah

Ce nettoyage n’est pas une lubie de ménagère. Il découle directement de l’interdit de posséder la moindre miette de hametz. On nettoie donc la cuisine, le four, les placards, le bureau, et la voiture (celle où les petits sèment des miettes de gâteau depuis Hanouka): tout endroit où tu aurais pu introduire de la nourriture pendant l’année. Le micro-ondes, le grille-pain, les plans de travail en bois qui ne peuvent pas être simplement recouverts: tout passe par un nettoyage minutieux, clôturé par la vérification à la bougie la veille au soir du Séder, le bedikat hametz.

Le matin du Séder, on brûle symboliquement le hametz trouvé lors de la recherche, une coutume appelée biour hametz. Pour ce qui ne peut pas être nettoyé (les joints en caoutchouc du frigo, certaines surfaces poreuses), on les couvre ou on les remise dans un placard scellé et vendu avec le reste. Les Ashkénazes et les Sépharades divergent parfois sur les surfaces à traiter et les produits autorisés, mais le principe est le même: plus rien de levé dans la maison.

Le Séder de Pessah, pas juste un dîner

A ceramic Seder plate with matzah, charoset, and a roasted egg on a white tablecloth, one candle glowing in blurred back

Le mot « Séder » signifie ordre. Ce n’est pas un dîner de famille un peu solennel, c’est un rituel structuré en quinze étapes, consigné dans la Haggadah, qui mêle obligations bibliques et coutumes rabbiniques. Le but est explicite dans le texte: transmettre le récit de la sortie d’Égypte aux enfants, et le faire d’une manière qui suscite des questions.

Les quinze étapes en pratique

On sanctifie, on trempe, on brise, on raconte, on se lave, on mange, on bénit, on conclut. Quatre verres de vin ponctuent la soirée, chacun à son moment précis.

  • Kadech: le premier verre de vin, avec la bénédiction du kidoush. On sanctifie le jour avant même de toucher la nourriture.
  • Our’hatz: on se lave les mains sans bénédiction, un geste rituel qui prépare à tremper le karpas.
  • Karpas: on trempe un légume (du céleri, une pomme de terre ou un radis selon les coutumes) dans de l’eau salée. Le sel rappelle les larmes des esclaves en Égypte.
  • Ya’hatz: on brise la matsa du milieu parmi les trois posées sur le plateau. Le plus gros morceau devient l’afikomane, qu’on cachera pour les enfants.
  • Maggid: le récit proprement dit. On lit la Haggadah, on explique la matsa, le maror, le sacrifice pascal. C’est le cœur de la soirée.
  • Ro’htza: deuxième lavage des mains, cette fois avec bénédiction.
  • Motsi Matzah: on consomme la matsa après avoir récité les bénédictions appropriées.
  • Maror: on mange les herbes amères, souvent de la laitue romaine ou du raifort, pour rappeler l’amertume de l’esclavage.
  • Korekh: le « sandwich » de Hillel: on combine matsa et maror ensemble.
  • Shoul’han Aroukh: le repas de fête lui-même. On l’attaque quand les étapes rituelles sont accomplies.
  • Tzafoun: les enfants rapportent l’afikomane contre une récompense, et on consomme ce morceau de matsa en dessert.
  • Barekh: le birkat hamazone, la prière après le repas, suivi du troisième verre de vin.
  • Hallel: on récite les psaumes de louange, et on boit le quatrième verre.
  • Nirtza: la conclusion, avec les chants de clôture. Chez les uns, on finit par Had Gadya, chez les autres par des piyoutim sépharades.

Le repas de Shoul’han Aroukh est lui-même un moment de recettes traditionnelles juives qui changent selon l’origine des convives, mais le rituel autour reste rigoureusement le même.

À table: ce qu’on mange pendant la semaine, communauté par communauté

La matsa est le dénominateur commun. Mais à côté d’elle, les cuisines ashkénazes et sépharades développent des univers très différents.

Soupe aux knaïdel et géfilte fish, le camp ashkénaze

Le plat d’entrée emblématique, c’est la soupe de poulet aux knaïdel, ces boulettes de farine de matsa liées à l’œuf et à la graisse de poulet, qui flottent dans un bouillon clair. Le géfilte fish, ces quenelles de poisson haché servies froides avec du raifort, est un classique des entrées de yom tov. Les desserts parvé pour un repas milchig ou fleischig incluent les macarons à la noix de coco et les gâteaux à base de fécule de pomme de terre.

Le camp sépharade, riz, légumes farcis et mouna

Pour les sépharades, la grande affaire est la permission de consommer les kitniyot: riz, pois chiches, fèves, haricots. Cela ouvre un champ culinaire beaucoup plus large. On trouve des plats de riz parfumé, des makrout à la pâte de dattes, et surtout la mouna, cette brioche de Pessah à l’huile d’olive, souvent garnie et consommée pour le déjeuner de yom tov.

La controverse sur les kitniyot reste une des grandes démarcations entre les deux traditions. Les Ashkénazes ont adopté au Moyen Âge un interdit des légumineuses, par crainte de confusion avec les grains hametz. Les Sépharades ne l’ont jamais suivi. Aujourd’hui encore, la question de savoir si une famille ashkénaze peut consommer du riz à Pessah est un sujet récurrent, et les décisions varient selon les rabbins: demande au tien. Dans un couple mixte, c’est souvent le premier grand débat halakhique qu’on tranche en amont.

Pour le déjeuner des jours de fête, qu’il s’agisse d’un couscous traditionnel adapté à Pessah sans semoule de blé, ou d’une dafina de Pessah aux patates douces et aux pois chiches, chaque famille adapte ses plats de Shabbat à l’impératif de la semaine sans hametz.

Questions fréquentes

Est-ce que Pessah et la Pâque chrétienne tombent toujours en même temps?

Pas nécessairement. Les deux fêtes sont liées historiquement (la Cène est un repas de Séder), mais elles suivent des calendriers différents: le calendrier hébraïque pour Pessah, le calendrier grégorien ou julien pour la Pâque chrétienne. Il arrive qu’elles coïncident ou se suivent de près, mais ce n’est pas une règle fixe.

Que devient le hametz vendu après Pessah?

Après la fête, le non-juif à qui le hametz a été vendu le restitue symboliquement, et le hametz redevient autorisé à la possession et à la consommation. Il est toutefois d’usage d’attendre le temps que le nouveau propriétaire ait pu en reprendre possession, soit environ une heure après la sortie de la fête, avant d’en consommer.

Peut-on manger dehors pendant Pessah si on ne trouve pas de restaurant cacher pour la fête?

La plupart des communautés évitent de manger à l’extérieur pendant Pessah, sauf dans des établissements spécifiquement certifiés cacher léPessah, ce qui est rare hors des quartiers à forte densité juive. Les familles qui voyagent prévoient des repas froids à base de matsa, de conserves autorisées, et de produits déjà préparés, ou se renseignent auprès du consistoire local pour connaître les adresses fiables.

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